fév 15

« Dès le lendemain de mon arrivée à Nouméa, on m’a demandé mes impressions sur la Nouvelle-Calédonie… Voilà dix jours que je circule, que je regarde, que j’écoute, et ma conclusion, c’est celle-ci : je suis épatée.

Épatée par les CM2 d’Adrienne Lomont qui ont ponctué de rires ma lecture à haute voix, par les collégiens de Yaté qui m’attendaient en chansons, par ceux du collège Louise Michel de Païta qui avaient décidé d’adopter des mots en V, vital, valeur, vocation, vif-argent et n’oublions pas : voter, qui m’ont écrit des cartes postales timbrées à leur effigie pour m’inciter à voir le phare Amédée (c’est fait) et le centre culturel Tjibaou (m’y voici). J’ai été épatée, oui, par les 6èmes du collège Ste Marie de Païta qui avaient mis en scène chacun de mes pas, colliers à l’arrivée, danses mélanésiennes par des garçons plus virils que ça y a pas (les gloussements des filles en témoignaient), poème en acrostiche sur mon nom, pièce des théâtre et cadeaux d’adieu, à peine si on m’a laissé le temps de faire mon job. À Ouvéa, dos à l’église, face à la mer, j’ai vécu un moment magique. Quelque 150 jeunes ont transformé mon petit 22 ! en bande dessinée, en danse sur le V, en poème aux allures de slam : « Passer ou trépasser ? Nous préférons outrepasser, car vivre sans une lettre de l’alphabet, c’est effacer aux mots toute leur beauté ». À Koné, j’avais du courrier : « Je m’appelle Boris Guichard et j’ai 11 ans, j’ai adoré votre livre Dinky rouge sang, je l’ai lu en une soirée, j’étais littéralement absorbé. Et j’ai tellement aimé votre livre que cela m’a donné envie d’être écrivain, je crois que ça demande beaucoup de travail mais donne aussi beaucoup de plaisir. » Boris, je te dirai ce que m’a dit un jour mon prof de faculté : « J’attends de trouver tes livres en librairie ». À Népoui, la documentaliste avait trouvé comment associer les plus grands à l’opération Livre mon ami, car ce sont les 5èmes qui ont donné la comédie aux plus jeunes en mettant en scène la SPMM, la société protectrice des mots et des métiers. Et puis il y a eu les petits CM2 de Népoui. Je me suis crue dans une classe Freinet où chaque gosse sait ce qu’il a à faire, parle en te regardant dans les yeux, chante en sachant placer sa voix, lit en mettant le ton. En entrant dans cette classe, j’ai eu le temps de happer sur le tableau noir la leçon du matin. Voix active, voix passive. Je leur ai dit :

- Les enfants de Népoui ont accueilli Marie-Aude Murail. Mettez-moi ça à la voix passive.

Et eux au quart de tour :

- Marie-Aude Murail a été accueillie par les enfants de Népoui.

Les CM2 de Népoui, ils ont tout bon. Et les gosses de Hienghène qui sont arrivés jusqu’à moi, épuisés d’avoir fait la transversale en autocar, ils ont encore eu le courage de m’écouter et ils m’ont laissé leurs textes dont l’un disait : « La vérité comme le mensonge, ça fait mal. M’aimeras-tu encore si je te la dis ? » Ils ont dix, onze ans, ils trouvent déjà leurs mots parce qu’ils se sont déjà frottés aux livres. Et ce sont les collégiens de Plum qui m’ont posé LA question, celle qui résume toutes celles qu’on m’a posées :

- Pourquoi écrivez-vous ?

Et à Plum, j’ai répondu comme Jean-Paul Sartre dont j’ai relu Les mots dans ma chambre d’hôtel à Nouméa :

- J’écris pour être lue.

Mais je n’imaginais pas en écrivant 22 ! dans ma chambre à Orléans que je serais lue en Nouvelle-Calédonie par des farfelus qui me mettraient dans une sélection, celle de Livre mon ami, et que ces mêmes farfelus me feraient lire par plus de 9000 enfants d’ici. À la vérité, quand on m’a prévenue que j’étais en lice avec dix autres auteurs, j’ai mis la lettre sous une pile sans y croire. La Nouvelle-Calédonie, c’était bien loin, loin comme mes 20 ans quand je chantais : « Il vaudrait bien mieux partir, s’en aller d’ici, partir, et foutre le camp en Calédonie »… Alors, quand j’ai reçu le coup de fil de Brigitte Simon qui m’a avertie : « C’est vous, les enfants vous ont choisie », ça a été un peu la panique à bord et le branle-bas de combat. J’ai tout fait pour venir, et venir en famille. Je n’ai pas pu rencontrer mes 9000 lecteurs, mais ceux que j’ai rencontrés, ils m’ont épatée. Tout simplement, parce que les enfants d’ici, vos enfants, sont épatants, et ils l’ont encore prouvé aujourd’hui. À eux, à leurs enseignants, bravo, à Livre, mon ami, à ceux qui sponsorisent l’opération et aux médias qui donnent de la visibilité à tout ce travail souterrain, merci. »

… à ce discours, j’ajouterai que le meilleur était encore à venir puisque je suis ensuite allée au collège Georges Baudoux, et à celui de Porte de fer ainsi qu’à l’école Charbonneaux. Je n’ai pas souvenir d’avoir vu en métropole de rencontres mieux préparées. J’ai fait provision d’images et d’émotions pour traverser l’hiver orléanais et j’ai quitté les enfants avec leur refrain dans la tête : « Mais où que je sois, où que m’emmènent mes pas, mon cœur est en Calédonie ».

Marie-Aude Murail


déc 08

Bonjour,

C’est avec une grande joie que je viens d’apprendre que mon livre La dame qui dormait sur les bancs fait partie de la sélection 2010 de votre merveilleux prix.

On dit : jamais deux sans trois, espérons donc que cette année sera la bonne. En effet, en 2003, je termine second avec La ville qui rend foot derrière Thierry Lenain. En 2003, je termine troisième avec Le jour où j’ai raté le bus. Et cerise sur le gâteau, le lauréat 2007 est Sophie Rigal avec J’ai effacé la maîtresse un livre que j’ai édité (je suis le responsable éditorial de la collection Cannelle chez Rouge Safran).

Je ne désespère donc pas un jour de fouler le sol de votre lointain territoire. Encore bravo pour votre travail auprès des enfants.

Amicalement,

Jean-Luc Luciani

site: http://aujourlejour.fee.fr


sept 22

Calmann-Lévy
Continue la lecture, on n’aime pas la récré… août 1993

Editions du Sorbier
Auteur jeunesse - Comment le suis-je devenue, pourquoi le suis-je restée avril 2003

De La Martinière Jeunesse (collection « Oxygène ») :
Nous, on n’aime pas lire mars 1996
Je ne sais pas quoi lire avril 1998
Tu t’es vu quand tu triches ? avril 2000

Editions Bayard
Un amour d’enfance - ouvrage collectif de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse. novembre 2007

Editions Bordas
Bulle - méthode de lecture - CP cycle 2 [avec Patricia Bucheton et Christine Thiéblemont] février 2008

Pour les enfants et adolescents

Bayard
Collection J’aime Lire
Graine de monstre illustré par Gilles-Marie Baur - février 1991
L’oncle Giorgio illustré par Yves Besnier - mai 1990
Le visiteur de minuit illustré par Peters Day - octobre 1993
Les secrets du docteur Magicus illustré par Yvan et Nicole Pommaux - octobre 1993
L’or des mages illustré par Boiry - octobre 1996
Noël à tous les étages illustré par Boiry - octobre 2001
Il était trois fois [écrit avec Elvire Murail] illustré par Denise et Claude Millet - octobre 2004

Série L’espionne
L’espionne fonde son club illustré par Frédéric Joos - octobre 2001
L’espionne illustré par Frédéric Joos - octobre 2001
L’espionne joue à l’espion illustré par Frédéric Joos - octobre 2001
L’espionne sauve la planète illustré par Frédéric Joos - avril 2003
L’espionne arrête d’espionner illustré par Frédéric Joos - mai 2003
L’espionne allume son robot illustré par Frédéric Joos - juin 2003
L’espionne s’énerve illustré par Frédéric Joos - octobre 2003
L’espionne se méfie illustré par Frédéric Joos - janvier 2004
L’espionne veut la vérité illustré par Frédéric Joos - octobre 2004
L’espionne cartonne illustré par Frédéric Joos  - J’aime Lire n° 339 - avril 2005
L’espionne déclone illustré par Frédéric Joos - octobre 2006
L’espionne est occupée illustré par Frédéric Joos - J’aime Lire n° 365 - juin 2007

Collection  Je Bouquine puis Bayard Jeunesse (Les romans de Je Bouquine)
Le défi de Serge T. illustré par Dupuy-Berbérian mars 1993 - réédition novembre 2000
Moi, le zoulou illustré par Dupuy-Berbérian avril 1994 - réédition mai 2000
Devenez populaire en cinq leçons illustré par Dupuy-Berbérian avril 1995 - réédition septembre 2000
La peur de ma vie réédition février 2000
Jeu dangereux  janvier 2003
Je suis un héros illustré par Stanislas Barthélémy - avril 2006

Bayard Jeunesse
Jésus, comme un roman… mai 1997
D’amour et de sang novembre 1999 - rééditions mars 2002, janvier 2006
Dragon-mania réédition septembre 2004
L’espionne fonde son club illustré par Frédéric Joos - 4 histoires de l’Espionne - juin 2007

L’école des loisirs
Collection Mouche

Le Chien des Mers illustrations d’Yvan Pommaux - mars 1988
Le hollandais sans peine illustrations de Michel Gay - octobre 1989
Les secrets véritables illustrations de Michel Piana - septembre 1990
Mon bébé à 210 francs illustrations de Philippe Dumas - octobre 1990
Un dimanche chez les dinosaures illustrations de Philippe Dumas - septembre 1991
Le changelin illustrations d’Yvan Pommaux - mars 1994
Qui a peur de madame Lacriz ? illustrations de Philippe Dumas - septembre 1996
Souï Manga [écrit avec Elvire Murail] illustrations de Shelmih Hiaghé - avril 1999
Peau-de-rousse illustrations de Alice Charbin - avril 1999
Patte-Blanche illustrations de Anaïs Vaugelade - septembre 2005
22 !  illustrations d’Yvan Pommaux - mars 2008

Collection Neuf
Mytho mars 2001
Nonpareil septembre 2007

Collection Medium
Les “Emilien” (réédités en janvier 2006 dans la collection Neuf)
Baby-sitter blues mars 1989
Le trésor de mon père octobre 1989
Le clocher d’Abgall octobre 1989
Au bonheur des larmes mai 1990
Un séducteur-né mars 1991
Sans sucre, merci mars 1992
Nos amours ne vont pas si mal  dessins de Dupuy-Berbérian - mars 1993
Nils Hazard, le chasseur d’énigmes :
Dinky rouge sang septembre 1991
L’assassin est au collège septembre 1992
La dame qui tue  septembre 1993
Tête à rap avril 1994
Scénario catastrophe mars 1995
Qui veut la peau de Maori Cannell ? mars 1997
Rendez-vous avec Monsieur X. mars 1998

Autres titres
Ma vie a changé septembre 1997
Amour, vampire et loup-garou septembre 1998
Tom Lorient mars 1999Oh, boy ! mars 2000
L’expérienceur [écrit avec Lorris Murail] mars 2003
Maïté Coiffure février 2004
Simple août 2004
Charles Dickens octobre 2005
La fille du docteur Baudoin octobre 2006
Miss Charity illustrations de Philippe Dumas - 6 novembre 2008
Papa et maman sont dans un bateau février 2009

POCKET jeunesse
Bravo, Tristan ! collection kidPOCKET - janvier 1994
Vive la République ! 7 avril 2005 - réédition poche avril 2006
Golem - 1. Magic Berber [écrit avec Lorris et Elvire Murail ] avril 2002
Golem - 2. Joker [écrit avec Lorris et Elvire Murail ] avril 2002
Golem - 3. Natacha [écrit avec Lorris et Elvire Murail ] mai 2002
Golem - 4. Monsieur William [écrit avec Lorris et Elvire Murail ] juillet 2002
Golem - 5. Alias [écrit avec Lorris et Elvire Murail ] août 2002
Golem les cinq tomes réédités en un volume POCKET junior octobre 2003

Autres éditeurs
Mystère  (GALLIMARD - collection folio cadet - septembre 1987)
Funiculaire album illustré par Catherine Nouvelle (MILAN - octobre 1989)
Son papa est le roi album illustré par Olivier Poncer (MILAN - avril 1993)
La nuit des grottes (NATHAN - collection Marque-Page - mars 1990)
En voilà des histoires ! (SEUIL - collection “petit point” - mai 1993)
Le dernier cadeau du Père Noël [écrit avec Elvire Murail] (MILAN Poche Cadet - octobre 2000)


sept 22

Marie-Aude Murail est née au Havre en Seine Maritime, le 6 mai 1954 dans une famille d’artistes. Son père Gérard est poète et sa mère, Marie-Thérèse Barrois, journaliste. Marie-Aude a deux frères et une sœur. Tristan, l’aîné, est compositeur et professeur à l’université de Columbia (New-York). Lorris est écrivain, comme sa cadette, Elvire (Moka pour les enfants).

Longtemps parisienne, Marie-Aude Murail a passé six années à Bordeaux. Elle vit aujourd’hui à Orléans et se consacre désormais à sa famille et à l’écriture. Elle est mère de trois enfants, deux garçons, Benjamin (né en 1977) et Charles (1987), et d’une fille, Constance (1994).

Attirée très jeune par la littérature, elle commence à écrire à 13 ans, elle fait ses études à la Sorbonne, sa thèse en lettres modernes s’intitulait : Pauvre Robinson ! ou pourquoi et comment on adapte le roman classique au public enfantin. En 1986, elle commence à écrire pour la jeunesse. Ses ouvrages ont été publiés chez Bayard, Casterman, Gallimard, Nathan et l’Ecole des Loisirs. Elle a écrit plus de 80 livres et notamment trois séries, les Emilien, les Nils Hazard et L’espionne. Elle écrit des contes, des feuilletons, des nouvelles, des essais, des récits… et aussi des romans d’amour, d’aventures, policiers, fantastiques. Ses ouvrages ont franchi les frontières et ont été traduits dans de nombreuses langues.

Marie-Aude Murail n’a cessé de réfléchir sur sa pratique d’écrivain jeunesse et d’écrire à ce sujet des articles, des livres (Auteur jeunesse- Comment je le suis devenue, pourquoi le suis-je restée- 2003) et de donner des conférences thématiques à destination des enseignants, des documentalistes, des bibliothécaires ou des conférences-lecture en soirée où tout le monde est bienvenue. Ses lecteurs lui restent fidèles bien après le temps de l’enfance et de l’adolescence.

Ses nombreuses rencontres avec ses jeunes lecteurs dans les établissements scolaires et les bibliothèques, ont conduit Maie-Aude Murail à raconter sa vocation « d’écrivain jeunesse » dans un texte où elle expose aussi ses convictions militantes sur l’apprentissage de la lecture, l’école et l’illettrisme : Continue la lecture, on n’aime pas la récré… (1993).

Dans Nous on n’aime pas lire (1996) et Je ne sais pas quoi lire (1998), elle s’adresse directement aux non-lecteurs en écrivant des livres qui leur sont spécialement destinés.

Marie-Aude Murail n’a cessé de diversifier son œuvre et aborde tous les thèmes qu’ils soient politiques, réalistes ou fantastiques. Elle n’est jamais là où on l’attend. Son roman Oh boy ! publié en 2000, déjà un classique, a enthousiasmé adolescents et adultes. Ses livres ont reçu des dizaines de prix et sont étudiés en classe et empruntés dans toutes les bibliothèques.

Marie-Aude Murail a reçu en 2004, l’insigne de chevalier de la Légion d’honneur pour services rendus à la littérature et pour l’ensemble de son œuvre pour la jeunesse.


sept 03

Chers petits lecteurs.

Surprise aujourd’hui ! En consultant internet voilà que je me découvre dans le classement du prix Livre, mon ami de Nouvelle Calédonie. Là-bas, dans votre île, à l’autre bout du monde, je sais maintenant qu’il y a des enfants qui ont apprécié Clara et Martin (et même pour les Bouraillais préféré ! ) Je suis ravie par cette 4ème place ( si je ne me suis pas trompée). La Nouvelle Calédonie m’aurait fait rêver en d’autres temps… Maintenant, vu mon âge je me déplace de moins en moins. Je voulais vous dire un grand merci et vous proposer, si celà vous amuse, de communiquer avec moi par internet. Si vous avez des questions à poser, je vous promets d’y répondre. Mais je veux que ce soit un plaisir pour vous, pas un devoir. Je pourrais être votre grand-mère alors je n’hésite pas à faire un bisou à chacun de vous tous. Je remercie aussi vos enseignants.

Marie-Claude Bérot - marieclaude.berot@gmail.com


mar 13

Dans le cadre de la semaine d’ inauguration de la Maison du Livre,  le public a été invité à venir partager un « Temps d’ échanges » consacré à l’ association Livre, mon ami et au chemin parcouru depuis 1997,  année du lancement de  ce prix de littérature jeunesse. Yves Pinguily, lauréat de la première édition de notre concours nous a envoyé l’article suivant.

Quelques personnes dans le monde savent cela, elles appartiennent à une famille pas si grande que ça, dans laquelle on trouve Tom Sawyer qui fit pipi dans le Mississipi, Jim Hawkins qui se cacha dans un tonneau de pommes, Augustin Meaulnes qui inventa la féerie des brumes d’ automne, Alice qui découvrit le Pays des Merveilles… d’ autres encore. Alice justement, je pense souvent à elle, même si n’ importe quel garçon un peu sensé doit toujours se méfier d’une fille réellement délurée ! Mais bon, je ne suis pas tombé de la dernière pluie moi non plus. Et puis si elle, est allée un jour là-bas, au bout du bout du terrier du lapin pour découvrir un monde, moi je suis allé un peu plus loin. Oui, je suis allé jusque chez les antipodistes parmi ces gens qui marchent la tête en bas, là où elle croyait être arrivée. Je l’ai fait, j’y suis allé et à mon retour j’ai raconté souvent à Alice et à d’ autres de mes amoureuses combien la Nouvelle Calédonie est belle quand le loup n’y est pas.

Yves Pinguilly, lauréat 1997

C’ est ainsi, quand on est comme moi un français de Bretagne résidant en Bretagne, la Nouvelle Calédonie est au loin quelque part exactement aux antipodes et le jour où j’ ai su que des élèves de là-bas m’avaient choisi moi pour me décerner le premier prix « Livre mon ami », j’ai compris que mon Alice du Pays des Merveilles avait raison, compris que les vraies histoires disent plus de vérité que les histoires vraies et que oui, pour distinguer mon livre les élèves et enseignants de Nouvelle Calédonie étaient bien des antipodistes et certainement ils lisaient en marchant la tête en bas ! Un jour donc je suis arrivé là-bas. J’ avais l’avantage sur Alice de savoir calculer la latitude et même la longitude qui donna tant de fil à retordre aux marins. Je n’avais pas peur de me perdre. Avant de partir j’avais un peu fouillé dans ma mémoire et ce sont des souvenirs du bagne qui m’étaient revenus et le nom de déportés de la Commune de Paris. Et puis aussi le nom d’ une île qui fut à feu et à sang, Ouvéa où les hommes venaient de montrer à quel point il est difficile de s‘apprendre de se comprendre et de s’aimer ! J’ai donc reçu ce prix « Livre mon ami » pour un roman dont le héros rêve d’être un jour un grand footballeur, ce qui est banal. Mais les histoires sont comme les îles, elles seraient banales sans une écriture singulière, sans un style. J’ose croire que dans l’implicite de mes phrases les lecteurs du « Ballon d’or » ont trouvé une douceur de lire comme il peut y avoir en Nouvelle-Calédonie une douceur de vivre tant la nature est généreuse et belle sur toutes ses pages. Depuis la remise de ce premier prix « Livre mon ami » je n’ai pas eu le bonheur de retourner à Nouméa, peut-être parce que j’ai passé mon temps à écrire de très nombreux livres. Parmi eux « Le nègre de Nantes » a fait mon imaginaire voyager là-bas, chez vous amis antipodistes puisque mes héros vont tenter après un long voyage maritime de faire s’évader un condamné du bagne, un communard. Non, le monde n’est pas fini ! En Nouvelle Calédonie quelques personnes le savent mieux que d’ autres eux qui offrent aux enfants qui sont l’avenir du monde les plus beaux des biens de ce monde : des livres.

Yves Pinguily